Courir minimaliste

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Je me suis laissé convaincre. D’essayer en tout cas. 

 

Coureuse du dimanche

Je pratique la course à pied depuis plusieurs années. De type coureuse du dimanche. Lentement et sur un parcours de faible dénivelé. Entre deux fois par mois et deux fois par semaine. La fréquence peut monter à trois fois, la semaine qui suit les bonnes résolutions de janvier.

 

Courir sur un nuage

Depuis ces quelques années, je cours sur des coussins d’air, de gel ou de caoutchouc. Mes deux dernières paires étaient même des chaussures montées sur nuages, de la marque suisse à la mode On. La sensation est agréable, une impression de douceur, de légèreté, d’être propulsée dans les airs à chaque pas. 

Au niveau des blessures, rien à signaler si ce n’est quelques courbatures après une longue période sans pratique.

 

Ça déroule

Cet été, pendant quelques jours de randonnée en montagne, j’ai eu l’occasion de discuter avec un autre coureur du dimanche mais d'un meilleur niveau que le mien. À part le niveau, une différence importante nous sépare : le déroulé du pied sur le sol.

  

Cette personne n’est ni podologue, ni physiothérapeute - ni même Jésus qui marche sur l’eau - mais a lu des livres et s'est renseignée. Il m’explique que la manière la plus adaptée de courir, est d’imiter les enfants. Ou plutôt, de ne jamais arrêter de courir comme nous le faisions enfants.

 

Les humains n'ont jamais cessé de courir comme des enfants, avant l'invention de la semelle amortissante.

Les spécialistes

Comment courent les enfants ? Souvent. Toujours. Il ne se déplacent qu’en courant. Et en criant, mais ceci est une autre histoire. Avec une telle quantité de course, on peut considérer que les enfants connaissent le sujet. 

 

Courir comme un enfant

Les enfants pratiquent donc la course de manière innée. Et, spontanément, ils courent sur l’avant du pied. Leur talon effleure le sol mais n’absorbe pas le poids du corps en mouvement, au moment où il frappe le sol. 

 

Sachant que j'avais affaire à des spécialistes, j’ai demandé à mes fils de 9 et 10 ans et demi de m'expliquer la manière dont ils courent.

 

Sans que je ne fasse allusion au déroulé du pied, le plus jeune a répondu exactement à la question que je me posais. Il m'informe ne courir ni sur l’arrière, ni sur la pointe du pied, mais sur le milieu. L'aîné, quant à lui m’avertit : "Attention, les pieds qui frappent le sol, ça fait du bruit ! Il ne faut pas en avoir peur." Décidément, les enfants sont spécialistes de la course... et du bruit. 

 

Une question d’énergie

Pourquoi courir sur la partie avant du pied ? Pour ce qui me concerne, j'ai habitude de poser d'abord le talon puis de dérouler le pied jusqu'aux orteils.

 

En frappant le pied par terre avec le talon en premier, le corps libère une partie de son énergie dans le sol et l'autre est absorbée par le pied et la jambe.

 

En courant sur la partie avant du pied, on garde plus d'énergie dans l'élan pour se propulser dans le pas suivant. En n’enfonçant pas le talon dans le sol, on gaspille moins d’énergie dans le sol et on l'investit dans le pas suivant.

 

Un problème de chaussures

D'où nous vient cette habitude de courir le talon en avant alors que ce n'est pas efficient ? Des chaussures.

 

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 Je me lance.

L'argument des enfants et des premiers humains me convainc. Je tente mes premiers 4.5 km sur l'avant du pied.

 

J'ai toujours mes chaussures traditionnelles avec amorti, mais elles ne m'empêchent pas de positionner mon pied sur l'avant quand il touche le sol. Ce n'est pas idéal, mais pour un premier essai, elles feront l'affaire.

 

Au moment de mes premiers pas, j'ai l'impression de me déplacer comme un pantin désarticulé. Je me sens déséquilibrée et il me semble que mes bras gigotent dans tous les sens. Après quelques minutes, j'oublie que suis en train de faire quelque chose pour la première fois. Je me dis même que c'est plus élégant et plus fin de courir sur l'avant du pied. Je me prends pour une ballerine qui fait ses pointes.

 

Au bout d'un kilomètre ou deux apparaît la fatigue du mollet. J'ai l'impression que toute l'énergie du talon qui frappe le sol est soudain retenue dans mon mollet. Je sens que c'est plus efficace pour avancer, mais aussi plus fatigant pour mes muscles non entraînés. Je m'habitue à cette fatigue.

 

 

La dernière partie de mon parcours est en descente. C'est la partie la plus difficile sur l'avant du pied. J'ai l'impression d'avancer lentement car je freine beaucoup mon élan. En effet, je ne me laisse pas couler dans la pente car j'ai la désagréable sensation qu'en ne posant que l'avant du pied, je vais glisser et tomber. C'est à ce moment que je réalise que courir comme un enfant avec des chaussures aves semelles épaisses n'est pas approprié.

 

Les courbatures

Au lendemain de ma première course sur l'avant du pied, mes muscles sont fourbus. Mes mollets sont très douloureux et j'ai une courbature à la partie externe de la plante des pieds. Je me souviens avoir déjà eu des courbatures sous mes pieds en pratiquant l'escalade, mais pas la course à pied.

 

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Mais encore

Que dit la science ?

Dans son livre Born tu run, Christopher McDougall relève des faits scientifiques dont je vous soumets ci-après un résumé.

 

J'en profite pour recommander cet ouvrage passionnant qui explore la course à pied sous un angle novateur et instructif, tout en étant très divertissant.

"Dure vérité n°1 : les meilleures chaussures sont les pires"

C'est un Suisse qui le dit. Dr Bernard Marti, spécialiste de médecine préventive à l'université de Berne a suivi 4385 concurrents du Grand Prix de Berne. En 1989, il écrit dans The American Journal of Sports Medicine que le point commun entre les blessures ne sont ni la surface d'entraînement, ni l'allure, ni le kilométrage ni même la motivation mais le prix des chaussures. Les modèles les plus chers occasionnent 123% plus de blessures que les bon marché. 

"Dure vérité n°2 : les pieds aiment être maltraités"

Dr Barry Bates, chef du laboratoire de biomécanique et de médecine sportive de l'université d'Oregon explique en 1988 dans le Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy que l'amorti d'une semelle ne réduit pas l'impact dans les pieds et les jambes. Bien au contraire, les pieds - très innervés - sont conçus pour recevoir énormément d'informations du sol et adapter leur stabilité en conséquence. Moins les pieds reçoivent d'informations, c'est à dire plus la semelle est épaisse, moins ils fournissent le travail pour compenser l'impact. Conclusion : moins il y a d'amorti sous nos pieds plus on court correctement.

"Dure vérité n° 3 : Alan Webb lui-même dit que les êtres humains sont faits pour courir sans chaussures"

Si comme moi vous n'avez jamais entendu parler d'Alan Webb : il ne s'agit pas de l'inventeur du world wide web mais d'un athlète américain qui a battu le record universitaire du Mile. Si comme moi vous n'avez jamais entendu parler du Mile, il s'agit d'une épreuve d'athlétisme consistant à parcourir une distance d'un mile, soit 1 609,34 mètres. (Merci Wikipedia) 

 

Cet athlète, donc, est né avec les pieds plats (comme moi), et chaussait du 47 (comme mon papa). Après un entraînement intensif pieds nus, il chaussait du 44-45, sa voûte plantaire s'étant creusée, et il battit le record du 1500 m.

  

Les études du Dr Gerard Hartmann indiquent que seulement 2 à 3% de la population souffre de réels problèmes biomécaniques qui nécessiteraient des corrections orthopédiques. Il explique que la voûte plantaire est constituée de 26 os, 33 articulations, 12 tendons et 18 muscles. Il la décrit comme le plus prodigieux ouvrage d'ingénierie conçu pour supporter du poids. 

Que dit Christopher McDougall ?

« La course de fond était vénérée parce qu’indispensable. C’était la clé de la survie, de l’épanouissement et de la conquête de la planète. On courait pour manger et pour ne pas être mangé, on courait pour trouver une compagne et pour l’impressionner et on courait avec elle pour commencer une nouvelle vie ensemble. Il fallait aimer courir, ou on ne vivait pas assez pour apprécier le reste. Et, comme tout ce que nous aimons, tout ce que nous nommons « passions » et « désirs », il s’agit d’une nécessité ancestrale inscrite dans nos gènes. Nous sommes nés pour courir. Nous sommes nés parce que nous courons. Nous faisons tous partie du Peuple qui court, comme les Tarahumaras l’ont toujours su. »