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Fée sans ailes ni magie

La fée sans ailes ni magie

Il était une fois une fée. Elle avait pour ami l’univers, vaste, noir, bleu sombre.

  

Elle, légère, bleu ciel mais sans ailes. La fée avait renoncé à ses ailes, pas pratique pour les câlins et les étreintes. Une fée qui ne vole pas, pourquoi pas ?

 

Son truc à elle, c’était l’océan. Son coeur contenait un océan. Vaste, vert, bleu, bleu sombre, noir. 

 Ce que la fée adorait, c’était s’allonger par terre, fermer les yeux et respirer, profondément. Dans ces moment-là, son océan s’exprimait. La musique de sa respiration était celle des vagues sur la plage. Inspiration, expiration, même rythme, même musique.

 

Dans le coeur océan de la fée se cachait un monde. Immense. Fait de volcans, de gouffres, de montagnes, de déserts, traversé de milles êtres vivants, tous plus différents les uns des autres. Le fond de l’océan recèle tout ce dont on a besoin : des creux, des bosse, du plat, du feu, de la vie, de la mort.

 

La fée avait en elle tout ce dont elle avait besoin.

 

Et pourtant.

 

Elle ne cessait de harceler son ami le vaste univers.

- Univers, mon ami, je m’ennuie toute seule, je m’ennuie tout court. Fais-moi s’il te plaît rencontrer un aventurier !

 

L’univers avait des pouvoirs magiques puissants, beaucoup plus puissants que ceux de la fée. En vrai, la fée ne détenait aucune magie. Elle avait aussi renoncé à la magie car elle pensait que c’était trop facile. La fée voulait vivre la vraie vie. Sans magie. Une fée sans ailes, ni magie, pourquoi pas ?

 

L’univers, était l’univers. Il ne possédait ni bouche ni oreille, ni doigts ni nez. Il était univers et c’était suffisant. Il ne répondit pas à la fée, puisqu’il ne pouvait pas parler. Mais la fée ne se découragea pas. C’était son ami, elle avait confiance en lui. Même s’il ne parlait pas, l’univers utiliserait sa puissante magie pour faire apparaître un aventurier.

 

Un jour, la fée, en balade sur une montagne, tomba nez à nez avec un aventurier. Un vrai. Elle en avait bien croisé quelques uns auparavant. Mais des faux. Des qui avaient l’allure, mais pas le coeur de l’aventure. C’était facile de savoir que c’était un vrai, il avait des histoires à raconter, des histoires d’aventures. C’est ça le secret, pour savoir si un aventurier est un vrai ou un faux.

 

L’aventurier était bleu aussi, surtout des yeux. Des yeux lumineux. Il était content de rencontrer quelqu’un à qui raconter ses histoires. Il avait l’air content en tout cas, c’était ce que s’était dit la fée. Mais elle avait dû se tromper car après trois ou quatre historiettes, ou deux peut-être, l’aventurier se lassa. 

 

Raconter des histoires, même à une fée, ce n’était pas très intéressant finalement. Il eût pu étreindre la fée qui avait renoncé à ses ailes, mais il préféra partir ailleurs. Il préféra partir loin, vivre des aventurettes. 

 

En partant, il jeta un sort à la fée sans ailes ni magie. La fée resta là sans rien dire, sans comprendre, sans réagir. C’était normal, elle avait été transformée en glace. C’était un sort bien pratique, ça permettait de filer tranquillement. 

 

La fée était gelée. Comme elle était déjà bleu ciel, on ne voyait pas beaucoup de différence. Elle dut attendre que ses jambes eurent dégelé pour rentrer chez elle. Puis elle attendit que le reste de son corps dégelât aussi. Ceci prit plusieurs semaines.

 

Après le dégel, la fée demanda à son ami l’univers :

- Univers, mon ami, pourquoi m’as-tu envoyé un aventurier, que tu as repris fissa ?

L’univers ne répondit pas. Il n’avait ni bouche, ni doigts, ni nez ni oreilles.

 

Devant ce silence et à cause de la fuite de l’aventurier, la fée en eut assez. Elle fut triste d’avoir un ami qui ne parle pas. Elle fut fâchée d’avoir croisé un aventurier qui ne s’aventure pas. Ou c’était le contraire. Ou c’était les deux. Elle était triste et fâchée. 

 

Or, les fées ne se fâchent jamais et les fées meurent, si elles sont tristes. Sauf pour la fée sans ailes ni magie. Renoncer à ses ailes et à sa magie avait été perçu comme une trahison par le monde des fées. En punition à cette déloyauté, la fée devait subir deux mauvais sorts : celui de ressentir la colère et celui de ne pas mourir de tristesse.

 

La pauvre fée fut donc condamnée à être fâchée et surtout à être triste, sans pouvoir en mourir. Elle était devenue bleu pâle. Son coeur d’océan ne faisait plus de vagues, seulement quelques clapotis.

 

Alors elle prit des décisions. Comme son ami l’univers s’était moqué d’elle, elle décida de rompre avec lui. Il ne serait plus son ami.

- Univers, mon ami, tu n’es plus mon ami.

Pour remplacer l’univers, elle choisit comme compagnes, sa colère et sa tristesse. Elles au moins, elle les ressentait. Puis elle se dit, qu’avec un coeur océan, elle avait en elle tout ce dont elle avait besoin. Des creux, des bosses, des déserts, des volcans, de la vie, de la mort.

Et comme elle était une fée exigeante et un peu entêtée, elle ne put se résoudre à laisser filer un vrai aventurier. Alors entourée de ses nouvelles amies, et avec son coeur océan, la fée décida d’attendre.

 

Attendre le retour de l’aventurier.

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