Ma montagne

La plaine, ennuyeuse se traverse en ligne droite et à vitesse constante. Ma chère montagne, j’aime venir chez toi. Dès les premiers virages, à peine la moindre pente, je revis.

 

À ton contact, je suis d’abord happée par ton parfum. Résineux. Un mélange aromatique d’humus et d’agrume. Sapin, mélèze, pin. Chez toi, il y a toujours un résineux quelque part. Plus haut, dans ta partie minérale, essence d’ardoise, de calcaire, de granit. Parfum de neige, senteur de torrent.

 

Les torrents, tes plus beaux bijoux. Rivières de diamants, ils scintillent. En diadème, un glacier. Parée de tes eaux, tu éblouis. Parfois un petit lac turquoise ou noir, épinglé à ta robe.

 

Ah tes robes ! Ma préférée est celle en or-mélèze que tu passes en automne. Et ce soleil qui te va si bien ! Il y a aussi cette hypnotisante robe blanche que tu revêts l’hiver. Difficile de détourner les yeux de tes sommets et vallées. Blanche et magnétique. En été, ton petit déshabillé couleur forêt profonde me fait chavirer.

 

Ma chère montagne, tu sens bon, tu es belle. Et ta voix me transporte. Chez toi, les sons sont soyeux et feutrés. Comme emballés dans une housse de silence. Je consacre volontiers, des heures, des jours à écouter ta voix silencieuse. Parfois un son. Craquement d’arbre, frémissement de vent, envol d’oiseau.

 

Ma silencieuse, quand ta nature s’exprime, tu fais du bruit. Vivre un orage dans un cirque montagneux, c’est avoir la certitude que le monde s’écroule. Echo du tonnerre entre tes parois rocheuses. Eclat du vent puissant. L’eau jaillit de partout, même du ciel. Quand tu retrouves ton silence, ma belle, aucune trace du monde écroulé. Ce n’était qu’un orage.

 

Je n’oublie pas le chant de tes torrents. Complexe et harmonieux. Roulement de petits cailloux, claquements de grosses pierres, bruissement de l’eau qui passe. La voix  de l’eau occupe tout l’espace. On s’y perd. On y fait la sieste. S’endormir au bord d’un torrent, c’est plonger dans l’ampleur sonore.

 

Pentes d’herbe séchée et soyeuse en été, épines qui piques, coussins de mousse. Pierre coupante sur les sommets, rochers accueillants au bord des torrents. Neige poudreuse et légère ou lourde et mouillée. Nuits fraîches, jours chauds. En plaine, je ne suis qu’un mental. Chez toi, ma montagne, je me matérialise. Mes sens s’éveillent. Mon corps vit.