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Tourner la page, ou pas

pages de plumes, pages de plomb

Je vis. J’écris le livre de ma vie. 

 

Chacun de mes gestes forment des lettres, mes paroles sont des sons. Mes gestes et paroles se constituent en actes, ce sont les mots. Mes sommeils sont les espaces entre ces mots. Et les mots se regroupent en phrases, qui sont des événements. Quant aux paragraphes, ils sont les étapes de ma vie.

 

Ma vie s’écrit sur des pages. Des pages familiales, amicales, amoureuses, ou autre. Plusieurs pages peuvent s’écrire en même temps. Parce que le livre de ma vie est quantique. Il se vit en différentes dimensions simultanées.

En quête d’absolu

Les pages sont les territoires sur lesquels je m’écris. J’ai tendance à penser que les pages quantiques de mon livre sont empreintes d’une dimension infinie. Il n’en est rien. Mes pages sont finies. J’aspire à l’absolu, je n’atteins que le bas de la page. 

 

Car oui, inévitablement, avec mes mots et mes paragraphes, j’arrive en bas de page. Je peux rester un certain temps au fond d’une page, alors qu’il s'agirait de la tourner. Tourner la page.

Différentes manières de tourner la page

Avant de tourner une page, je marque toujours un temps d’arrêt. Ce moment où la vie se fait bilan. C’est une parenthèse où je regarde en arrière, devant moi, autour de moi, en moi. Je connais différentes manières d’appréhender un tournant.

 

Il m’est arrivé d’attendre que, par magie, la page s’agrandisse. Et ça m’est déjà arrivé. Par magie.

 

Au fond d’une page, je peux aussi tergiverser. Suis-je certaine d’être au bas de la page ? Y a-t-il encore quelque chose à vivre sur cette page ?

 

Ou alors, il m’arrive de rester paralysée, par peur de ce qui m’attend à la page d’après. Je reste là, figée, jusqu’au moment où un coup de vent tourne la page pour moi.

 

Bien sûr, j’ai déjà connu des pages que j’attendais impatiemment de quitter et que je me suis empressée de tourner, une fois arrivée au fond.

 

Parfois, je vois qu’il reste encore de l’espace sur une page, pour y apposer mes mots et mes paragraphes. J’ai même déjà des idées de ce que je pourrais composer sur cette page. Mais ces plages-là me deviennent soudain inaccessibles. Cet espace disponible existe bel et bien, mais son accès m’est interdit, par un événement ou une personne. 

La taille du caractère

Il est des pages qui se remplissent très vite. Ce sont celles écrite dans une taille de police élevée. C’est quand je vis intensément. Ces mots, ces actes, ces étapes de vie me touchent et me marquent. Ces pages-là sont particulièrement difficiles à tourner. Le moment de les tourner peut arriver brutalement.

 

D’autres pages n’en finissent pas. Ce sont les pages en petits caractères, comme les clauses cachées des contrats. Des mots inintéressants, des phrases compliquées, des paragraphes malaisés à écrire.

S’arrêter au tournant

Attendre le tournant en bas de page est parfois un moment délicat. Je suis au fond. Il est plus agréable d’être au sommet de la page. Surtout que je ne connais jamais l’angoisse de la page blanche.

 

Mais les bas de page sont des passages obligés, si l’on veut continuer d’écrire sa vie. Il m’arrive d’avoir envie de fermer mon livre, mais d’autres personnes le tiennent ouvert à ma place.

 

Il est des pages difficiles à tourner, des pages profondes. Il est des pages légères, faciles à tourner. 

 

Pages de plumes, pages de plomb. Plume de l’écriture manuscrite, plomb du caractère d’imprimerie.

 

Enfin, il est une page que je décide de ne pas tourner.

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